Du Pôle image au pôle numérique

Nous sommes plus d’une centaine de familles à être venues nous installer sur le territoire lorientais en 2000 pour participer à la mise en place d’une filière audiovisuelle autour d’une chaîne de télévision et donner naissance au Pôle Image du pays de Lorient, dont la création nous avait tous emplis d’espoir.

Jean-Yves Le Drian, alors maire de la ville, avait l’ambition de faire de Lorient un pôle audiovisuel d’importance face aux pôles technologiques de Rennes, Lannion et Brest. Le contexte s’y prêtait : après le départ de la Marine, Lorient venait de recueillir d’exceptionnelles subventions européennes pour lui permettre d’initier de nouveaux projets de développement économique.

Certes, le bassin de l’emploi y était plutôt maritime, mais Lorient, échaudée, ne voulait plus tout miser sur la mer et la complémentarité pouvait apporter de nouvelles perspectives à la ville. De la production à la diffusion audiovisuelle, les compétences et les outils se sont progressivement mis en place. Lorient a été jusqu’à concentrer un quart des entreprises de production audiovisuelle de Bretagne ! Nous avions toutes les cartes en main pour créer une véritable filière de l’image…

Malheureusement, au fil du temps, rien n’a évolué comme nous l’espérions. Le CSA a refusé à TV Breizh la fréquence TNT qui lui aurait permis de se développer, la production d’émissions a progressivement été stoppée et remplacée par de vieilles séries multidiffusées… Pourtant, au-delà de la chaîne les compétences étaient là et chacun a continué comme il a pu. Le personnel de TV Breizh en développant un pôle de diffusion pour d’autres chaînes, les sociétés de productions en se diversifiant, les acteurs en poursuivant le doublage pour d’autres diffuseurs.

En 2005, grâce à son Pôle Image et à « son savoir-faire en matière de diffusion et de production de contenus audiovisuels», l’agglomération de Lorient a intégré le pôle de compétitivité breton Images & Réseaux, dans le périmètre « recherche et développement ». On nous disait alors que la Bretagne ambitionnait de devenir un laboratoire de création de services liés à l’image et qu’à l’échelle de la région le secteur représentait  50 000 emplois potentiels dont 15 000 dans la recherche et développement.

Des paroles, du concept, de la com ! Rien de concret. Et surtout un terrible manque de soutien politique. Les élus, au fil du temps, ont de nouveau décidé de tout miser sur la mer, oubliant que mer et images pouvaient co-habiter et mieux se booster l’un l’autre.

10 ans plus tard, le désintérêt de nos élus locaux pour un secteur à dimension culturelle et industrielle nous a menés à la situation du jour : le pôle image est enterré, le dernier outil existant de développement de la langue bretonne qu’est l’auditorium de doublage va être détruit. Cet outil magnifique était le plus grand de Bretagne. Il ne sera pas reconstruit. C’est comme raser un théâtre. Presque un autodafé. L’exploitant se retrouve sommé de quitter les lieux et, faute de solution viable, de quitter l’agglomération pour aller produire ses programmes ailleurs, dans ce qui ressemble plus à une boîte à chaussures qu’à un lieu de création.

Aujourd’hui, le constat est le suivant : la ville laisse partir les entreprises sur d’autres communes (ou communautés de communes qui mettent des moyens pour accueillir les laissés pour compte lorientais).  Là où il faudrait un regroupement, c’est en fait une division qui s’opère, et ceci dans l’indifférence générale. Comment trouver encore des synergies dans cet éparpillement ?

Puisque du passé nous faisons ce triste constat, à l’avenir ne rééditons pas nos erreurs en gâchant les compétences et l’expérience de ce territoire.  Que reste-il aujourd’hui ? Des entreprises et des associations, riches de professionnels détenant un véritable savoir-faire en matière de contenus numériques. Il faut conserver ces compétences, les rassembler et les soutenir. Le numérique est une filière d’avenir : ne ratons pas le coche une seconde fois.

An Oriant Médias

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