Brezhoneg el lez-varn

aita13122013rIl y avait plus d’animation que de coutume, ce vendredi matin, au centre d’affaire de la découverte. On parle breton, on boit du café sur le parking, et un groupe se constitue petit à petit devant le tribunal d’instance. Une cinquantaine de militants se sont déplacés, à l’appel de Ai’ta (http://www.ai-ta.eu/) pour soutenir un des leurs, appelé à comparaître devant le tribunal pour avoir apposé trois autocollants sur des panneaux de signalisation monolingue à Erdeven (56).

Ai’ta même depuis plusieurs années un combat toujours non violent, mais parfois bruyant et spectaculaire, pour faire avancer l’utilisation de la langue bretonne dans la vie publique. Des succès ont été obtenus, grâce à la pugnacité de l’association, auprès de La Poste ou de la SNCF par exemple.

L’action d’Erdeven, comme celles effectuées dans d’autres communes, vise à mettre en évidence la non utilisation du breton dans la signalisation. Mais ce jour là un policier municipal zélé a mis la main sur le militant et lui a dressé une contravention. Mme la Maire a ensuite déposé une plainte qui a mené le jeune homme jusqu’à ce tribunal.

Après réflexion, médiation par un conseiller municipal d’opposition, rencontre avec Ai’ta …, la municipalité d’Erdeven a retiré sa plainte et créé une commission « langue bretonne ». Mission accomplie, et affaire close, donc ? … Eh non, le procureur de la république ne l’entendait pas de cette oreille, et c’est le ministère public qui reste seul plaignant dans ce dossier.

L’affaire est traitée entre les vols de poules, les violences conjugales, et les délits routiers. Une petite échauffourée lance les débats, car le militant souhaite s’exprimer uniquement en Breton, ce qui lui est refusé par la Présidente, malgré l’offre de traduction faite par de nombreuses personnes bilingues présentes dans la salle d’audience. La présidente menace de repousser l’audience. Finalement les débats ont lieu, sans intervention du militant qui laisse son avocat s’exprimer à sa place.

Deux témoins, Paul Molac, député du Morbihan, et Christian Le Meut, militant culturel du pays d’Auray, s’expriment à la barre. Tout deux s’interrogent sur l’opportunité d’un tel procès : Alors que toutes les instances mondiales, européennes, régionales et locales appellent ou s’engagent à défendre la diversité culturelle et linguistique, alors que la France elle-même reconnaît depuis peu les langues régionales dans sa constitution et qu’elle a signé la charte des langues minoritaire (sans la ratifier), on devrait condamner un citoyen lanceur d’alerte, pour avoir placé trois autocollants sur un panneau de signalisation ? La salle applaudit, ce qui n’est pas du goût de la présidente qui menace d’évacuer la salle.

La procureure quand à elle, souhaite ramener le débat à ce qu’il est à son sens, c’est à dire en dehors de toute considération politique, un procès pour cette histoire d’autocollants… Rire dans l’assistance. De son coté, elle ne rit pas et requiert 500 € d’amende.

Parole à la défense qui s’interroge sur l’utilité de ce procès et qui relate deux jurisprudences intéressantes. La première concerne le recours à un interprète Créole/Français par une militante de L’UGTG accepté par le tribunal de Pointe-à-Pitre. La seconde décrit la relaxe par le tribunal correctionnel de Paris de six militants anti-pub qui avaient barbouillé des panneaux publicitaires.

La présidente demande au militant s’il a quelque chose à ajouter ? Netra !

Le jugement est mis en délibéré au 21 février.

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