Correspondante de presse jetable

Entretien avec Patricia Danse

pdli : Tu as été longtemps une des deux correspondantes de Ouest-France sur Guidel et j’apprends que tu arrêtes ?

Patricia : Ce n’est pas mon souhait. Le journal a souhaité unilatéralement «mettre fin à notre coopération».

pdli : On sent de l’amertume dans ta voix.

Patricia : C’est un peu normal, non ? Pendant 20 ans j’ai été disponible 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 (du moins dans les deux semaines dont j’avais la charge chaque mois). Un correspondant de presse est sollicité pour couvrir des tas de réunions et d’événements prévus, mais il doit aussi monter sur le pont dès que quelque chose d’imprévu arrive, une tempête, un incendie, un accrochage.

Je ne me plains pas. C’est intéressant. On fait plein de rencontres. Mais ce que je veux dire c’est que c’est une véritable implication, au quotidien. Alors quand le journal «met fin à la coopération» sans même faire un bilan sérieux, sans discussion, ça fait mal.

pdli : Vous n’avez pas un contrat de travail ?

Patricia : Nous avons un statut, pas très clair et pas vraiment appliqué. Nous ne sommes pas journalistes, même pas pigistes. Nous sommes censés fournir du matériau brut sans guère de valeur, qui va être bonifié par la patte des journalistes de la rédaction. En réalité, bien souvent, le texte que nous rédigeons est publié tel quel. Et d’ailleurs ce n’est pas plus mal, parce que quand il est réécrit, c’est souvent l’occasion d’imprécisions ou d’erreurs.

Donc nous sommes payés «à la pièce» et pas lourd ! En moyenne mensuelle, cela me rapportait 330 euros environ.

Quand on fait un boulot qui demande de la disponibilité, de la qualité relationnelle et rédactionnelle, qui parfois nécessite d’utiliser ses outils perso (ordinateur) et qui est payé des clopinettes, on peut espérer un peu plus de reconnaissance de la part du journal !

pdli : Tu as une explication sur cette mise à l’écart ?

Patricia : Elle intervient (après 20 ans de bons et loyaux services, je le répète) juste après que j’ai participé aux élections municipales toutes récentes, sur une liste concurrente de celle du maire sortant. C’est peut-être une piste.

Mais je pense que c’est surtout le fait de n’avoir pas caché mon irritation, voire ma colère par rapport aux pratiques du journal : les coupes dans des articles importants (au sujet de la démission du premier adjoint ou encore sur la pharmacie des 5 Chemins) ; les journalistes qui débarquent et s’emparent d’une question sans avertissement ni discussion ; et, pour finir, «la fin de la coopération» qui tombe comme ça. Ce n’est pas chouette.

Je garderai néanmoins le souvenir réconfortant des belles rencontres que j’ai faites et des amitiés tissées au cours de ces 20 années. N’empêche, finir comme ça ce n’est pas chouette.

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