Camp de Grande Synthe, retour du pays du shaker émotionnel

Lorientais, Damien revient de Grande Synthe. Il témoigne.

J’ai eu l’occasion de passer quelques jours (5 jours ½) de bénévolats sur le Camp de réfugiés de Grande Synthe par le biais de l’association Utopia 56. Parce que je pense qu’il peut être utile à ceux qui se posent la question d’y aller mais qui n’osent pas, à ceux curieux de voir ce que l’on peut y vivre, voici quelques lignes sur cette expérience…

Ce qu’il faut savoir :

Le camp accueille depuis le 07 Mars 1500 réfugiés, il a été construit par Médecins Sans Frontières dans le respect des normes du Haut Commissariat pour les Réfugiés. Utopia56 a été missionné par la ville de Grande Synthe pour coordonner les actions, faire venir des bénévoles pour la gestion quotidienne du camp. Avant, la plupart des réfugiés présents survivaient dans « la Jungle de Basroch à Grande Synthe », le lieu était un champ de boues, une grande partie des réfugiés souffraient de maladies notamment la gale.

Ce que je retiens de ces moments sur place :

En premier lieu, c’est le gain que ce camp apporte aux migrants quand on compare aux photos de la jungle de Basroch ou celle encore existante de Calais. Le résultat de l’action de l’ensemble des acteurs, l’ensemble des bénévoles c’est de redonner une dignité à ces personnes.. Et c’est un motif de satisfaction énorme même s’il reste beaucoup à faire !

Ce que je retiens c’est un camp qui fonctionne plutôt bien au vu du fait qu’il est récent et que ces acteurs font avec des financement très limités, mais aussi que la plupart des bénévoles de longues dates sont épuisés et qu’ils ont besoin de relais.

Les bénévoles assurent sur place un ensemble d’activités : sécurisation de parcours piétons, cuisine, déchets, construction en bois, cours d’anglais pour enfants et adultes, lavage d’habits…

Il reste beaucoup à faire pour apporter de l’eau chaude, l’électricité, une gestion des déchets plus cohérente, du tri, moins de gâchis. Il reste à obtenir une plus grande implication des réfugiés dans la gestion du camp, mais elle existe déjà sur certains postes (cuisine, réparation de vélo, construction). Le fossé culturel est présent et il ne se résorbera pas en quelques semaines et puis comment s’inscrire dans une gestion quotidienne quand on pense que demain on ne sera plus là.

Ce que je retiens également : ce sont des moments d’amusements, de rires lors d’un match de foot improvisé, de danse lors d’une fête pour le départ de la coordinatrice générale, de repas partagés, de regards rieurs, de discussions parfois difficiles parce que pas de langue en commun, du partage malgré ça de leurs expériences du voyage, des difficultés rencontrées, la souffrance d’avoir laissé derrière soi,  son pays, sa famille, les amis que l’on ne reverra probablement plus jamais… Parce que la fuite devant Daech,  la torture, les exécutions sommaires.

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La quasi-totalité du camp est constitué de Kurdes qu’ils soient Irakiens, Iraniens, Syriens ou Turques, tous fuient des pays en guerre ou qui les oppriment. Une faible partie sont des familles, quelques femmes seules avec enfants dont le père de famille a réussi à atteindre l’Angleterre, les autres sont des jeunes hommes, l’espoir de la famille, celui à qui on a délégué la survie de la lignée.

Ce que je retiens de ces discussions c’est l’obsession de l’Angleterre, ce pays dont on voit les falaises  de Calais par temps clair, que l’on peut presque toucher du doigt.. Pays de cocagne fantasmé, où l’on y trouverait des papiers, des hébergements, du travail… Mais aussi plus pragmatiquement pays que l’on souhaite rejoindre parce qu’un cousin, un frère, un ami y vit et que pour ces déracinés c’est essentiel de reconstituer un noyau proche. Et puis pourquoi rester dans ce pays, la France, qui montre bien qu’il ne veut pas de vous !

Les réfugiés sentent bien qu’ils sont haïs par une grande partie de la population même s’ils font très bien la différence et sont reconnaissants, en le faisant voir, de l’aide qui leur est apportée par l’armée de bénévoles présents sur place.

Et qu’elle est belle cette mobilisation, elle est jeune, elle est très féminine, elle est européenne, elle se démène et elle ne rechigne pas à la tâche… Il y a ceux qui ont tout abandonné, posé leur démission, mis leur carrière de coté, d’autres qui ne sont là que pour quelques jours : les étudiants qui y consacrent leurs congés, ceux qui ont posé quelques jours de congés ou RTT pour venir participer et voir de leurs yeux, ceux qui sont là presque tous les week end…

Et alors parfois à la fin de la journée, lorsque l’on échange entres bénévoles on se met à rêver que du pire peut naître le meilleur. Que de cette lâcheté, de cette ignominie des dirigeants européens et en premier lieu de la France pourraient naître une solidarité en action. De l’évidence qu’il faut agir directement sans rien attendre des dirigeants et des États. Que l’on ne peut plus laisser faire, que l’on va collectivement exercer ce nécessaire, ce minimum devoir d’hospitalité que l’on doit aux personnes qui fuient la guerre, la souffrance et cherchent simplement à avoir un avenir.

Alors, je vous assure que l’on vous attend là bas, que vous y serez superbement accueilli/e et que vous vous y sentirez utile comme rarement, rejoignez Utopia56 !

Damien Girard

A voir absolument le documentaire de Yolande Moreau : http://info.arte.tv/fr/nulle-part-en-france-de-yolande-moreau

 

PS : Un immense bravo et respect aux initiateurs : MSF, Damien Carême, maire de Grande Synthe, Yann et Gaedig, créateurs d’Utopia56 et aux associations et acteurs historiques de Calais et de Grande Synthe

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